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Interview blues.gr

 

 

 

 

Interview par Michael Limnios sur le site blues.gr (en anglais).

 

Article complet ici

Q&R avec le talentueux with talented bluesman français, Amaury Faivre - de la musique roots avec un réel sentiment acoustique et sincère.

 

Publié par Michael Limnios Blues Network le 11 avril, 2018

 

Qu’est-ce que vous apprenez sur vous-mêmes au contact des gens et de la culture du blues? Qu’est-ce que le blues signifie pour vous ?

 

Le blues est particulier pour les différentes définitions qu'on peut en faire. Bien sûr, c’est un style de musique, mais aussi un sentiment, une culture, un rythme irrégulier, une gamme à six notes and et une structure musicale de 12 mesures, tout en étant bien sûr une couleur primaire!

En travaillant autour du blues, il peut revêtir pour moi ces différents aspects en fonction de l’occasion, et celui qui résonne le plus en moi est le sentiment d’improvisation. Pas seulement improvisation dans le sens d’un beau solo de guitar au milieu d’une chanson, mais comme un était d’esprit général. Celui qui chante le blues n’est pas juste un chanteur, il raconte une histoire, et cela signifie qu’il a besoin d’une réelle connivence avec les gens à qui il la raconte. Cette communication, ce dialogue est rendu possible grace à l’improvisation, qui est la capacité à sentir et entendre ce qui se passe réellement à l’instant. Et c’est à la fois la chose la plus ardue et la plus simple à faire, et ça fait réaliser beaucoup de choses sur soi-même. Donc j’en apprends en fait beaucoup plus sur moi-même par la pratique du blues que des gens et de la culture du blues.

 

Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez entrepris des recherches sur le blues? Comment décrivez-vous votre répertoire et votre son ?

 

Mon intérêt pour le blues est né enfant, au contact de l’harmonica qui était mon premier instrument. Le blues est le seul style de music dans lequel l’harmonica a un rôle majeur, donc je l’ai rencontré à travers les partitions et les albums, exactement comme un saxophoniste ne peut pas ne pas étudier le jazz car c’est si important dans l’histoire de l’instrument. Suite à ça j’ai pas mal étudié et pratiqué le jazz à l’adolescence, avec aussi du rock, du folk et de la country. Tout ça est devenu une part de ma musique, et j’ai été en fait pas mal perdu pendant de longues années entre tous ces styles sans savoir précisément où me situer. Et la synthèse a commencé quand je suis revenu au blues et que j’ai commencé à écrire. Et donc ma musique c’est un mélange de tout ça, beaucoup de blues avec des touches de swing et de jazz manouche, de bluegrass et de folk, avec les deux harmonicas, diatonique et chromatique, et plutôt une guitare acoustique qu’une électrique.

 

Quelles rencontres ont été les plus importantes? Quel est le meilleur conseil que l’on vous ait donné ?

 

Je me rappelle d’un super conseil amusant qui m’a été donné par un bon organiste de ma ville natale. C’était de commencer un solo par une note très forte de la garder très longtemps. Les gens penseraient d’abord que c’est dérangeant, ensuite que j’étais fou, et enfin que c’était tout simplement génial. Et ça marche ! Ecoutez juste le solo de Maceo Parker sur « Shake everything you’ve got » dans l’album « Live on planet groove » et vous aurez la meilleure leçon sur l’improvisation et la manière de mettre le public dans sa poche! En ce qui concerne les rencontres il y en a eu beaucoup trop pour que je me rappelle d’une en particulier, à part le jour où j’ai rencontré ma maman bien sûr ! En musique, et dans la vie en générale, il est intéressant de constater qu’une simple discussion de dix minutes avec un total inconnu à un coin de table peut vous faire repenser absolument tout ce que vous pensiez savoir.

 

Y a-t-il des souvenirs de gigs, jams, concerts, premières parties ou de studio que vous aimeriez partager avec nous ?

 

Honnêtement, je n’en sais rien car pour moi la musique est juste un moyen d’interagir avec les gens, donc un simple sourire ou expression qu’on observe sur quelqu’un lorsqu’on joue peut être déjà très important. Et bien sûr, il y a des vrais moments de bénédiction sur scène, pendant tout le monde passe un des meilleurs moments de sa vie, le son est parfait, les notes coulent des instruments si naturellement qu’elles semblent dictées par une force supérieure, et au contraire d’autre moment tu ressens vraiment que tu fais un travail inintéressant et difficile. Parfois tu te sens comme un danseur sur la glace, léger comme un oiseau et libre comme l’air, et parfois tu te sens comme un clochard qui marche pied-nus dans un demi-mètre de neige fraiche, c’est -tonnant comme le feeling peut être différent alors qu’on fait exactement la même chose !

 

Qu’est-ce qui vous manque aujourd’hui du blues de demain ? Quels sont vos espoirs et vos peurs pour le futur du blues ?

 

J’ai la certitude que l’industrie de la musique enregistrée tue de plus en plus le sentiment musical chaque année. C’est très évident de constater que la possibilité d’enregistrer change la manière don’t on joue et écoute la musique. Quand on entends les premiers enregistrements qui ont été réalisés, on est frappés par des performances intenses, avec beaucoup de fausses notes, de sons tranchants, mais le sentiment est pur et sincère. Dès qu’on a pu enregistrer on a commencé à faire attention à ne plus jouer ces fausses notes afin qu’on puisse réécouter l’enregistrement sans qu’elles nous dérangent. Et toute la manner de jouer est devenue plus contrôlée et moins expressive. Et plus la technologie se développe plus il me semble que c’est vrai, on entends souvent dans la musique d’aujourd’hui la même mesure mise en boucle sur tout le morceau, et mon sentiment est que ça lui enlève toute émotion. Ma peur est donc que dans le futur, l’artiste devienne soit une machine à produire de la musique impersonnelle et insensible, ou alors qu’il soie considéré comme un fou à essayer de transmettre une émotion directe d’une personne à l’autre.

 

Si vous pouviez changer une chose dans le monde musical et que ça devienne une réalité qu’est-ce que ce serait ?

 

C’est pourquoi si je pouvais changer une chose j’interdirais tout simplement l’enregistrement ahah ! Just pour remettre l’interaction au centre de la scène.

 

Qu’est-ce qui vous touche et qui caractérise votre scène blues locale ?

 

Les scène blues avec lesquelles je suis familier sont la France et la Suisse. Elles sont assez différentes. En France, le blues est plutôt associé aux groupes électriques et au rock. Il est aussi plus créatif dans un sens, plus avant-garde. En Suisse je sens que le respect de l’héritage du blues est plus important. En Suisse romande, les gens adorent vraiment le blues roots, acoustique et rural. On voit des cigar box et des one man band à tous les coins de rue et c’est vraiment pas si mal ! Ma musique est un peu différente car le blues que je jour est plus propre et précis, on fait très attention au son, au choix d’instruments et d’amplis. En tout cas, je sens que les publics suisses et français répondent très bien au blues, en particulier en Suisse alémanique ou il y a un profond respect pour les musiciens, ce qui est très appréciable.

 

En quoi le blues et le jazz ont-ils influencé votre vision du monde et vos voyages ?

 

C’est compliqué pour moi de répondre parce que j’ai rencontré le blues très jeune, et en temps qu’enfant on n’intellectualise pas les choses telles qu’on commence à le faire en grandissant. Je sais que cette musique a influencé ma vision du monde, mais comme elle était toujours à mes côtés je n’ai pas la distance critique pour réaliser l’impact de sa présence. Mais je sais que ça m’a guidé, enfant j’étais très timide, et d’être sur scène m’a rendu plus confiant. Et c’est l’impression qui a le grand rôle dans ce changement, car la question dans l’improvisation n’est pas de savoir qui tu es, mais ce que tu ressens, et ce que les gens veulent ou ne veulent pas entendre, et cela te fait apprendre beaucoup sur tes propres peurs et sur qui tu es vraiment. En ce qui concerne les voyages, je ne peux pas me souvenir d’n voyage sans lien avec la musique. Ah, c’est faux, je vais parfois en Italie uniquement pour la nourriture…

 

Quel est l’impact de la musique et de la culture blues et jazz au niveau racial, politique et social ?

 

Le blues est né des gens qui souffraient, et je pense que c’est la souffrance et pas le contexte historique qui lui a donné sa validité universelle. Pour moi, français né d’une famille de professeurs blancs, cette souffrance ne fait pas appel à moi en tant qu’une chose raciale, politique ou culturelle mais en tant que sentiment humain. En Europe quand on parle de champs de cotton ça sonne plus comme un folklore fantasmé que comme quelque chose de vrai, et le blues européen peut être associé à une image, une attitude ou un son, mais il n’a certainement pas les profondes implications qu’il a aux Etats-Unis. Ca rend le blues en Europe un petit peu inconsistant dans un sens, mais nous ne pouvons pas lutter contre car ce n’est pas dans notre histoire. Donc je pense que les gens qui aiment le blues et le jazz en Europe aiment vraiment d’abord la musique, l’émotion et l’improvisation, et que l’histoire du blues est juste un fond, un paysage pour eux.

 

Faisons un voyage dans le temps, ou aimeriez-vous être et pourquoi vouloir y passer une journée ?

 

C’est bien sûr un cliché mais bien sûr un des lieux et moments que j’aimerait visiter serait une nuit dans un juke joint où Robert Johnson jouait, afin de comprendre pourquoi il a eu tellement d’influence, pas seulement sur le blues mais sur tout ce que l’on sait de la musique d’Amérique du nord. Bien sûr, il a enregistré, très peu, mais j’ai tout de même le sentiment que c’était surtout l’expérience qu’il donnait sur scène qui était si puissante et inspirante.

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Apr. 11th, 2018

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